Les_Invalides_front

Hier, contrôle de sécu (je ne vous raconte pas la sécurité à la sécu, un vrai bunker, il faut dire que l'immeuble jouxte Wazemmes, bref, les connoisseurs apprécieront).

L'angélique doctoresse que j'avais déjà vue trois fois m'a reçue, à l'heure (cooooool, ça mérite d'être précisé, c'est la sécu, hein).

Et elle m'a mise en invalidité catégorie 2 d'office ! 
Bon, je savais que ça me pendait au nez comme une médaille, suis pas tout à fait nœunœu, encore. Depuis le temps que je jouais la montre pour attendre paisiblement mes 57 ans et ma pré-retraite.

Elle avait déjà abordé le sujet lors de nos deux précédentes rencontres, en juillet, elle m'avait parlé d'invalidité catégorie 1, qui m'aurait permis de travailler à mi-temps.
Ouais, bon, j'ai testé, même à mi-temps,dur, dur...Bonne idée, mais on ne va pas la garder.

Ce coup-ci, (et comme quoi, quand je vous dis que je suis à la ramasse, ce n'est pas du toc), en voyant ma tronche, elle a parlé de catégorie 2, soit dispense totale d'activité.
Comme ça fait deux ans que je suis en arrêt maladie, basta, on arrête, point barre. Pas négociable, elle estime que je ne peux pas reprendre le travail. (Je suis bien d'accord là-dessus, là n'est pas la question ! )

C'est vrai que j'avais réussi, ces derniers mois, à accepter le fait que je ne reprendrais pas mes fonctions. Plus jamais.

Encore un truc difficile à admettre, mais que j'avais admis.

Mais c'était pour partir en pré-retraite. (cf "La croisière s'amuse", ce genre de truc, koi, nananinanère...)
Oui, j'ai 56 ans, même si dans ma tête j'ai arrêté d'incrémenter le compteur à ... disons 30 ans environ. (Je sais, je sais,je ne fais pas mon âge -rires)

Je progresse dans ma tête, je vous dis.

J'avais même pris des engagements de bénévolat, pour rencontrer du monde et me sentir utile.
(Trois fois deux heures par semaine, attention, no stress, faut pas exagérer non plus ! )
Quand on a bossé comme moi pendant trente-huit ans, pas facile d'arrêter tout net, une fois les (très) lourds traitements terminés, il faut organiser sa vie différemment, sinon, on reste au lit toute la matinée, on glandouille en se disant que demain est un autre jour et en laissant tout en plan.... (Je sais, j'ai testé, et oui, la télé aussi, TF1 l'après-midi, c'est à se pendre.)

Bref, tout cela était bien en place, dans ma vie et dans ma caboche, et hormis ce coup de mou que je soigne sous ma couette cette semaine, tout roulait tout seul.

Mais là, paf : invalidité. Ce terme est une horreur ! Je suis invalide. Je suis incapable de travailler. Estropiée, éclopée, en ruine, abimée, amochée, naze,HS,inutile, inapte...Enfin,je pourrais continuer encore un petit peu avec tout ce que ce mot m'évoque, mais ça vous fatiguerait.

D'accord, je n'avais plus le moins du monde l'intention de travailler.
Mais c'était en quelque sorte moi (avec mon gentil docteur de famille) qui décidais...
ILLUSION !

Déjà, c'est pas drôle se se prendre un an de plus (depuis peu...)
Déjà, c'est pas drôle de se prendre un cancer (même si j'ai tenté de vous faire croire que si)
Déjà, c'est pas drôle de se dire qu'on est en (pré-)retraite bientôt. (Parce que ça signifie qu'on est vieux)

Mais INVALIDE ?

Je vous le dis tout net, je le prends (un peu) mal.
Question de principe, moi qui suis une femme de principes, comme vous le savez. (Rires)
Mon amour-propre se trouve escagassé.

Invalide !
Comme les grognards du Napo au retour de la retraite de Russie, quoi.Je me vois avec un bandage sale sur le crâne, une jambe de bois, une barbe de trois mois, des puces, des gelures...

retraite

INVALIDE.
Comme les.
Magnifique monument, mais néanmoins cimetière...

Avec la plus parfaite mauvaise foi, j'acceptais de ne plus jamais travailler, mais une toute petite voix ajoutait par devers moi "sauf si je veux".

Invalide, ça change tout.
Cette fois, ça y est, je n'y retournerai pas, il y a des tas de gens sympathiques que je ne reverrai plus jamais. Les vrais potes, je les garderai, mais les personnes pour qui j'avais de l'estime, que je rencontrais avec plaisir, finito, adieu Berthe, salut.

Certes, je ne devrai plus supporter les vrais cons, yen a aussi. (Je me console comme je peux. )

En plus, last but not least, je ne vais pas quitter mon travail dans le cadre du plan de départs volontaires. Dans "plan de départs volontaires", il y a VOLONTAIRE. Ce qui change tout !

Que nenni : je vais me faire VIRER.
Pour cause d'incapacité à travailler, pas parce que je suis nulle dans mon job, mais quand même, c'est un peu vexant, non ?

Au final, le résultat sera le même, avec même un avantage : je ne devrai pas me farcir une inscription à l'ANPE oups PÔLE EMPLOI, ni des entretiens parfaitement inutiles voire des formations coûteuses et encore plus inutiles, voire encore des entretiens d'embauche : sisisisi, j'ai des copines parties avec le PDV, qui, à 59 ans et demi, ont dû aller se présenter pour un poste de vendeuse chez....Pimkie par exemple, je vous jure, c'est vrai !

Financièrement, c'est à peu près pareil, enfin, je crois, et puis... de toutes façons je n'ai pas le choix. Et puis... j'ai jamais su compter.

Nan, je suis vexée, vexée, vexée...

Même si ma vie va continuer exactement comme avant, moins les prolongs à faire signer par le docteur régulièrement.

Faut que je digère, tout simplement !

Invalide !

Non mais !