Hier, c'était la journée du deuil périnatal. On fait des journées pour tout, à présent, mais celle-là me tient particulièrement à coeur.

Que dire…sans parodier Ginie, qui nous a encore fait un post magnifique ici.

Le berceau que j’avais préparé est resté vide, il a fallu le démonter, rendre à ses propriétaires le landau qu’on nous avait prêté, donner les biberons, les flacons de lait nettoyant, les boîtes de lait maternisé, et les petites robes reçues en cadeau de naissance…

Elle est née avec vie, mais sans être capable de respirer correctement…

La deuxième fois que je l'ai vue, elle était posée délicatement dans un espèce de vaisseau spacial, avec des tuyaux, des bips, pas d'écrans puisque ça n'existait pas encore vraiment, mais un graphe qui enregistrait ses battements cardiaques...C'était 5 jours après sa naissance, "on" n'avait pas voulu me laisser sortir de la maternité avant. Et plusieurs fois "on" était rentré dans ma chambre avec un biberon et "on" avait bredouillé de vagues excuses.

Elle a été opérée, opération très lourde qui a coupé en deux son minuscule thorax.

Puis elle a repris du poids.

Et moi seule ai pu la tenir dans mes bras, rarement.

Son père, ses grands-parents, ses oncles et tantes ne l'ont aperçue qu'à travers une vitre.

Deux en fait, celle du box et celle de la couveuse. Avec plein de tuyaux partout sur son minuscule petit corps de 2 kilos..

J'ai eu la chance de lui donner des biberons de mon lait pendant quelques jours, de lui donner quelques bains. Elle  a reperdu du poids en même temps qu’on remettait l’oxygène dans sa couveuse lambda, puis qu'on la remettait ensuite dans une couveuse hi tech.

Ensuite, il n'a plus été question de la sortir de la couveuse hi-tech...

Jusqu'au jour de la fête des mères, où sa mère a été folle de joie : elle avait pris 150 g depuis la veille !

En réalité, c'était la fin.  

Elle n’a connu que la souffrance et les blouses blanches pendant neuf semaines de douche écossaise et de fol espoir pour ses parents. Je crois que nous ne nous rendions pas vraiment compte de la gravité de la situation. Il faut dire qu'"on" ne nous mettait pas en garde.

Elle est morte vers 6 heures du matin. Nous n'étions pas là, et n'avons été prévenus que vers 8 heures. Il faut vous dire que nous n'avions pas le téléphone, faute de fric, et c'est ma maman qui est venue nous porter la nouvelle : "c'est très très grave, il faut y aller tout de suite".

Même à ce moment-là, j'y croyais encore.

Nous l’avons vue, emballée dans un lange, toute froide.Ce n'était déjà plus elle.

Sa couveuse était encore dans son box, avec toutes les traces et déchets de l’ultime réa loupée.

Nous sommes repartis et revenus, avons donné une petite tenue blanche pour les pompes funèbres.

C'est mon papa qui est allé s'occuper des formalités, des funérailles.

Nous l’avons vue une dernière fois avant que des gens ne referment le minuscule cercueil blanc.

Nous l’avons accompagnée rejoindre sa grand-mère paternelle dans un petit cimetière des environs sous un grand soleil.

Nous avions tous les deux 20 ans.

Elle en aurait aujourd’hui 35.

Et elle me manque toujours.

Le deuil périnatal n’était pas encore pris en compte. Pas d’accompagnement, rien qu’une phrase du chef de service de réa néo-nat pour nous consoler quand elle venait de mourir toute seule sans nous, dans les pattes de l’équipe médicale : « vous êtes jeunes, vous en aurez d’autres ».

Démerde-toi avec ça, maman, idem, papa.

On s'est mal démerdés. Notre couple a explosé. Ma tête a explosé. Trois ans plus tard je me shootais aux drogues dures (les mauvaises personnes au mauvais moment)

Ses (demi) frères et soeurs ne comprennent pas.  Pourtant, ils devraient être rassurés de n'être pas des "enfants de remplacement", non ? Quelle horrible expression. Rien ni personne ne peut jamais remplacer l'enfant perdu. Il m'a fallu 14 grossesses pour réussir à avoir deux enfants vivants. Hallucinant, non ?

Rien ni personne ne peut jamais nous consoler.

Les mots pour le dire, ils ne peuvent venir que de nous-même. Les autres ne peuvent que compartir.

Aujourd'hui, j'ai enfin su l'écrire. Et je pleure. De joie. De l'avoir enfin fait.