* Merci à Frédéric Beigbeder, à qui j'ai "emprunté" le titre d'un bouquin très bien (pour une fois, dit la mauvaise langue) et qui traite de littérature. (NDLR)

 

Déja presque 8 mois que la première suspicion de cancer est survenue.

Déjà 7 mois depuis la première chirurgie.

Déjà un mois depuis la fin (?) des chimios.

Déjà une semaine de radiothérapie...

Le temps passe vite et on arrive au bout ! (?)

Déjà se profile la reprise (?) de travail à l'horizon (janvier 2014 ? Si on a encore du boulot d'ici là, on devrait avoir des infos demain, la rumeur parle de PSE)

Et 6 mois et demi de blog pour vous raconter tout ça !
En positif, la plupart du temps, avec humour, je l'espère, et en taisant les effets indésirables dont je n'avais pas envie de parler.
Parce que, pour vous, comme pour moi, je n'ai pas jugé utile de TOUT dire.
Et je le pense encore (mensonge par omission diront les puristes... Tant pis)

Néanmoins, il ne faudrait pas non plus que vous vous imaginiez, ô fidèles lecteurs, que je me paie de fabuleuses vacances au soleil (enfin, ça c'est fini), dans un splendide hameau de la banlieue de notre vénérable mégapole, et de surcroît, comble d'ignominie, aux frais de la sécu dont le goufre est financé par nos impôts à nous tous (parlons-en, j'ai reçu ma feuille, ouille).

faire-l-autruche

C'est pourquoi j'ai décidé de lever un (petit) coin de voile sur mes mésaventures oncologiques, et pour cela, de jouer au jeu de la vérité. Voici le fruit de mes réflexions.

Il n'y a pas d'ordre d'importance ou de préférence, j'écris comme ça vient, il sera toujours temps d'ordonner tout ça si je publie un jour mes mémoires...Et puis comme ça, je ménage le suspense, je dilue les vrais scoops dans des radotages, (Maman, sors de ce corps - le mien - ) vous faites le tri vous même !

Allez zou ! Du scoop en pagaille.

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Le plus (de chez plus plus) :
ma dépression presque demi-séculaire s'est envolée, au pire, elle est en stand-by.

Le(s) moins :

je ne parle plus QUE de moi (surtout ici), je ne prends plus le temps d'être empathique, compatissante, consolatrice etc... envers mon entourage.
Ben ouais, j'assume.
J'AI UN CANCER, MOI !
Sacré nom de Zeus !
C'est pas de la bête appendicite, aussi, quoi, hein ?
Ou un rhume de cerveau (j'en n'ai pas diront les mauvaises langues...)

Vous avez bien de la chance que je le prenne aussi bien, d'autres ne font que pleurer, se laissent aller, cessent de s'alimenter ou s'empiffrent, ne dorment plus, ne sortent plus et j'en passe, et on ne peut pas leur jeter la pierre, c'est plutôt moi, la pas normale dans c't'affaire.
Mais j'ai beau essayer, je n'arrive pas à en faire un drame. C'est trop cool pour mon entourage. Qui oublie donc que je suis malade, et oublie de faire ce que j'ai demandé quand j'ai besoin d'aide... soit dit en passant.

Bon,il y a des cancers aux conséquences plus graves que le mien, tant sur le plan santé que sur celui de la vie au quotidien, j'en ai bien conscience, aussi !
Et je ne suis ni sainte (ça se saurait), ni formée en psycho, ni médecin, ni confesseur.
Et puis, j'ai déjà assez de boulot avec moi-même et mes proches.

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Le plus :
je n'ai plus de poils aux pattes !

Le(s) moins :

  • ça ne va pas durer
  • Je ne mets pour ainsi dire que des pantalons, (pour relativiser l'intérêt de ce plus, qui revient souvent, j'en conviens, dans les  conversations que je vous tiens).
  • Qui dit plus de poils aux gambettes, dit aussi plus de poils nulle part. Certes, à certains endroits (sous les bras, ou la barbe, par exemple...), ce n'est pas grave. Mais croyez-moi, sans cils (ou presque) et sans sourcils, non seulement c'est très moche, mais encore, on a les yeux qui pleurent en permanence, qui papillottent à la moindre poussière, qui chopent les moucherons qui divaguent dans ma campagne rurbaine, je comprends pourquoi les personnes très âgées ont souvent les yeux larmoyants, c'est proportionnel au nombre de poils de sourcils et de cils qu'il leur reste.

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Le plus :
Je me refais une tignasse somptuaire !

Toute neuve, douce comme celle d'un bébé, drue, qui pousse super-vite !

Le(s) moins :

  • mes cheveux m'arriveront aux épaules dans 3 ans, si Dieu ou la Science ou la Nature, au choix, me prête vie jusque là.
  • Ils repoussent blanc et gris (ces crétins) et je ne pourrai pas faire de coloration avant 1 an (si tout va bien, car on mesure le taux de survie à un an et à 5 ans, voyez...). Si je reviens Quand je reviendrai au boulot, j'aurai l'air d'une mamie auprès de toutes ces jeunettes, et ça me contrarie quelque peu, voyez-vous, on peut même dire que ça me défrise (ah, ah, rire jaune ).


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Le plus :
J'ai perdu 10 kg !

Non seulement je remets des frusques que j'avais préparées pour donner (des jeans classiques, trop petits avant l'apocalypse), mais en termes d'estime de soi, moi, personnellement, en mon for intérieur (et extérieur aussi), je trouve ça sympa. Même ma fille dit que je "fais" 15 ans de moins (de dos, précise-t-elle, la pestouille ! Si je vis jusqu'à ce qu'elle atteigne mon âge, je me vengerai, promis)

Le(s) moins :

  • Certes, mais mes rides du visage se sont creusées, quelque chose de bien, et j'ai des cernes sous les yeux jusqu'au menton ! Les fesses ou les rides, il faut choisir, comme disait une copine du genre maigre !
  • Mes seins ont fondu (bon, oui, ok, j'ai encore les 2 ! ).
    Ils tombaient déjà un peu avant, cause grossesses et surpoids, de toutes façons, et ils ne vont pas remonter tout seuls, p = mg, c'est tout ce qu'il me reste de mes cours de physique.
  • Mon bide ayant été distendu avant, par mes grossesses et mon embonpoint, il plisse, comme qui dirait.
  • J'ai encore des poignées d'amour qui ne veulent pas partir, saletés !
  • J'aurais bien malgré tout ça perdu encore 5 kg, mais on dirait bien que c'est fini, reste à stabiliser là, et ça va être dur, car je vais arrêter de fumer (un de ces jours, une chose à la fois, no stress, hein).
  • J'ai dû refaire un chouïa ma garde-robe, au grand dam de mon banquier... et de chéri-chéri. (Ben quoi, qui dit nouvelles fringues, dit nouvelles godasses pour faire joli, nouveau manteau plus ajusté, nouveaux colliers, écharpes, gants, chapeaux -non, je plaisante, nouveaux jeans seulement, et quelques hauts décolletés pour la chimio, le reste, pas plus qu'à chaque changement de saison)

 

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Le plus :
J'ai encore mes deux seins, ce qui n'est pas le cas de tout le monde...(Yessss, ten points pour la transition, z'avez vu ça ?)

Le moins pas des moindres : (THE scoop)
J'ai totalement et définitivement perdu l'usage de mon bras gauche
: du fait de l'ablation de la chaîne ganglionnaire, on m'avait bien mise en garde de ne plus JAMAIS porter de lourd, et de ne pas faire trop d'efforts avec ce bras. Or, depuis 3 semaines, je commence un lymphoedème, (désolée, la photo est très moche, âmes sensibles, attention, mais l'explication claire), mon bras (surtout mon poignet) enfle, je dois porter un superbe manchon de contention (voir ici). Et je ne peux plus faire de muscu ! (oh, quel dommage ! J'ai toujours eu HORREUR du sport, suis tune intello, on peut dire ?)
"Comme si vous aviez le bras en écharpe", dixit mon oncologue chérie. Whaouh, le bonheur. C'est le bras sur lequel je dors, j'ai beau essayer de dormir de l'autre côté, infailliblement, le matin, je me réveille dessus. Et puis, j'ai dû porter du trop lourd par étourderie, probable.

Et puis ça fait mal.
Mais il paraît qu'il existe une cure thermale à Luz St Sauveur (Htes Pyrénées)

Luz-Saint-Sauveur

(où que je suis déjà zété en vacances, il y a 40 ans) spécialement anti-lymphoedème, si je reprends quand je reprendrai le boulot, j'aurai des tas de congés à écluser.
Et puis je vais faire prochainement 20 séances de drainage lymphatique du bras gauche (dommage pour mon bide qui aurait pu apprécier, mais on ne peut pas tout avoir, n'est-ce-pas ? Mais merci la sécu et la mutuelle.)

Un chouïa les boules, quand même, mais si ce n'est QUE ça, le prix à payer, au final, c'est pas si cher.

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Le plus :
J'ai une superbe cicatrice presque invisible
(disons qu'il faut le savoir) sur le sein gauche, merci Docteur L, vous êtes vraiment la meilleure ! Des doigts de fée, de la haute couture ! La Coco Chanel de la cicatrice ! 

Et merci, petite soeur chérie et Docteur D, ta collègue, pour m'avoir conseillé cette chirurgienne (je ne suis pas sûre d'aimer féminiser les professions, auteure, etc... mais bon)

Le(s) moins :

  • Oui, sauf que j'en ai une bien large sous le bras, vu que cet endroit a été ouvert 2 fois à un mois d'intervalle. (Bon, sous le bras, on ne va pas en faire un drame non plus, gaffe aux emmanchures larges en été )

  • Et que j'en ai une, toute fine certes, mais quand même, sous la clavicule droite, ousse qu'on a posé le porth-à-cath. Si tout se passe comme prévu, c'est à dire bien, d'ici 5 ans, on retaillera dedans pour sortir le parte-à-cath, et ça deviendra moins beau... Forcément.

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Le plus :
J'ai pris beaucoup de recul, classé mes émotions, impressions, évènements de la vie courante, par ordre d'importance, et je suis beaucoup moins stressée, beaucoup plus "zen"...

Le(s) moins :

  • Tellement, que je remets toujours au lendemain ce que j'aurais dû faire déjà la semaine dernière. C'est le monde à l'envers diront ceux qui me connaissent, avant, il fallait toujours que j'aie fait hier ce qu'on ne me demandera que le mois prochain. Bref, bonjour le b***** à la maison. (Suis malade, profitons-en).
  • Comme dans l'ensemble, je suis plus calme et souriante, plus reposée, moins stressée, isolée dans mon cocon, et que je râle moins, dès que je râle, (à table par exemple), mes proches, tout de suite, me demandent ce qui m'arrive, le prennent très très mal, bref, je dois la boucler, sinon ça part en vrille... Sois belle et tais-toi, koi. Un jour, je vous causerai du danger d'atteindre la perfection, mais ce sujet me semble encore prématuré.

  • Suis moins empathique, comprenante, consolante (voir plus haut, je l'ai déjà expliqué), ça déroute parfois l'interlocuteur, pour le dire poliment.

  • Pondérons, depuis que j'ai arrêté le Valium, (mauvaise idée ?), je suis moins zen, je râle comme une bossue, en voiture notamment...

  • Pondérons (2ème) : je ne travaille plus. Quand je reprendrai, on verra si la perfection existe (rires)

 

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 Le plus :
Je ne perds plus un temps fou à me faire les ongles des mains... depuis 3 semaines
(ici, mes péripéties précendentes, quand j'espérais encore les sauver ! )

Le(s) moins :
Of course, vu je n'en ai plus, juste des reliquats façon ongles rongés, bien momoches (carrément hideux, oui !) Moi qui n'ai JAMAIS rongé mes ongles, sauf un tout petit peu pour égaliser quand j'en casse un...

Vous avez déjà testé, ramasser une épingle sur du carrelage, sans ongles ? Non ? Hé bien, je vous souhaite de continuer.

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 Le plus :

Je me cultive à grand coup de séries télé : 

je vous conseille en ce moment Person of Interest, j'adore !

Rassurez- vous, je lis encore, d'Hemingway à Dostoïevski, en passant par Chandler et San Antonio, tout ce qui me passe sous les yeux !

Le(s) moins :
C'est très (trop) chronophage ! Et pas forcément très reposant !

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 Le plus : (le scoop 2)
? ben je vois pas, là...j'ai oublié...

Le(s) moins :
J'ai un gros gros déficit d'attention, sans doute lié à l'épuisement physique : j'arrive une heure trop tôt à mon rendez-vous psy1(chiatre), et 2 semaines après, une heure trop tard chez mon psy2 (chologue). La première erreur était rattrapable, la seconde, non, surtout que j'avais appelé la secrétaire la veille pour confirmer le rendez-vous, que j'avais noté initialement le 11... novembre, sur mon planning de ministre.
J'ai eu l'air très très con la deuxième fois, (la première fois, juste très con, ça j'ai assez l'habitude, suis la reine de la gaffe à ne surtout pas faire) aux yeux de cette charmante dame, qui voit pourtant passer toutes sortes de foldingues à longueur de journée.
J'ai du mal à canaliser mon attention, je zappe vite, au cours d'une conversation, ou en m'endormant, mon cerveau part dans tous les zazimuts, résultats, je fais des trucs pas urgents et j'oublie les urgents (exemple, pas plus tard que ce matin : je viens de laisser mariner 2 jours une lessive propre et mouillée dans le lave-linge, quand j'y ai pensé, j'ai remis de la lessive liquide pour refaire un tour, sauf que j'y ai mis de la lessive pour linge noir au lieu de l'autre,  la mierda integral ! comme aura pu dire Franco, mon pas-pote. Bon, il y a plus grave, hein ?)

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Le plus :
J'ai appris des milliards de choses en 7 mois ! Moi qui aime me culturer, je ne rate jamais l'occasion de m'instruire, je pose des questions si je ne comprends pas...

  • Sur cette p***** de maladie, sur ses traitements...
  • Sur le personnel médical quel qu'il soit ! Gentillesse, infos, pas de langue de bois, mais pas de maternage non plus... Que de progrès effectués depuis mon bref passage à l'école d'infirmières il y a 40 ans bientôt. J'en profite encore une fois pour vous remercier, toutes et tous, médecins, infirmières, psys, manipulateurs en radiologie ou radiothérapie...et toutes celles et ceux que j'ai croisés et c'est pas fini, et que j'oublie de citer. Quel dur mais beau métier vous faites  ! Mais dur ! Respect le plus profond !
  • Sur le regard des autres face à CETTE maladie. Commisération, pitié, faire comme si de rien n'était, ne pas savoir quoi dire, et du coup, ne rien dire et ne plus donner signe de vie, encouragements (plein, plein, merci les potes) etc...
  • Sur moi-même... et ma façon de réagir en totale disproportion de la réalité vraie des évènements (se faire une montagne d'un verre cassé, finito, se faire une montagne d'un bête petit cancer-que-je-n'ai-plus-vu-qu'on-l'a-enlevé, pas question ...), sur ma non-immortalité (ou invincibilité, au choix) et l'urgence de profiter pleinement de chaque moment qu'il me reste (en cours, ça, hein, guérir de 55 ans de mauvaises habitudes ne se fait pas en un clic  ! ) Ce qui est sûr, c'est que je ne serai plus jamais la même, il y aura un avant et qui sait, peut-être un après cancer...

Le(s) moins :

J'aurais juste apprécié de ne pas ME servir de cobaye dans cet apprentissage sur le tas de la Vraie Vie !

Cela dit, je ne déteste suffisamment personne (je dis bien PERSONNE, et pourtant) pour souhaiter lui transférer ce cadeau inestimable et me servir de cobaye, donc...

Et puis, même en rêve, si j'étais vraiment devenue la méchante que je ne crois pas être, ce ne serait pas possible... Donc, ne rêvons pas, ce cancer est à moi, et je m'en débrouille, c'est MON cancer !

 

Bon, c'est pas tout ça, je dois me préparer pour affronter Little Boy. Comme chaque matin sauf samedi et dimanche, quand même. Passage au gaufrier, même pas de gaufre à la sortie, snif !


Et même si ce post a l'air d'une conclusion, ne vous inquiétez pas, ô mes lecteurs fidèles, je n'ai pas dit mon dernier mot, Jean-Pierre, ce n'est qu'un PREMIER bilan.